L’Europe mise sur le “Made in Europe” pour relancer son industrie
Face à une concurrence mondiale croissante et à des filières industrielles fragilisées, la Commission européenne a présenté un plan ambitieux pour renforcer le “Made in Europe”. L’initiative vise à réindustrialiser le continent, soutenir les emplois locaux et favoriser la transition écologique, tout en s’assurant que l’argent public profite prioritairement aux entreprises européennes. Stéphane Séjourné, vice-président chargé de la Prospérité et de la stratégie industrielle, a détaillé cette nouvelle doctrine économique, qui marque un tournant pour l’Union européenne.
Une stratégie européenne ambitieuse
Mercredi 4 mars, la Commission européenne a présenté « la loi d’accélération industrielle », un ensemble de propositions pour revitaliser les secteurs stratégiques. L’objectif est de préserver et de décarboner des filières essentielles, comme l’automobile, confrontées à la concurrence chinoise et aux coûts élevés de l’énergie. Selon Stéphane Séjourné, cette initiative représente un véritable changement de doctrine. « Il ne s’agit pas simplement d’un changement de méthodes de travail, mais d’une révolution théorique qui était inimaginable il y a encore quelques mois », a-t-il déclaré à Bruxelles. L’ambition est de porter la part de l’industrie à 20 % du PIB européen d’ici 2035, contre 14 % actuellement.
Instaurer une préférence européenne
Au cœur du plan figure la mise en place d’une “préférence européenne”. Cette mesure impose que les entreprises de secteurs stratégiques utilisent un certain pourcentage de composants produits en Europe lorsqu’elles bénéficient de financements publics. « L’argent des contribuables doit d’abord profiter à la production et à l’emploi sur le continent européen », a déclaré Séjourné. Cette politique pourrait également concerner des produits fabriqués hors Union européenne, sous conditions strictes, afin de maintenir des partenariats commerciaux avec une quarantaine de pays, dont le Royaume-Uni, le Canada ou le Japon.
Des débats intenses au sein de l’Union européenne
La mise en œuvre de la préférence européenne a suscité de vives discussions entre les 27 États membres. L’utilité, l’ampleur et le périmètre géographique de cette mesure ont été longuement débattus, entraînant plusieurs reports. Les pays traditionnellement réticents, comme l’Allemagne et les nations nordiques, ont finalement accepté de soutenir la politique, à condition qu’elle soit ciblée sur des secteurs cruciaux, tels que l’automobile et les industries lourdes.
Renforcer la souveraineté industrielle européenne
Cette initiative traduit la volonté de l’Europe de renforcer sa souveraineté industrielle et sa compétitivité face à la concurrence mondiale. Elle s’inscrit également dans la logique de transition écologique et de maîtrise des coûts énergétiques. Pour Stéphane Séjourné, il s’agit d’assurer la pérennité des industries européennes et de protéger les emplois locaux, tout en affirmant l’ambition stratégique du continent sur la scène internationale.
