L’avenir du maïs français face à l’essor agricole ukrainien : un défi pour l’Europe ?
L’éventuelle adhésion de l’Ukraine à l’Union européenne soulève de nombreuses interrogations dans le monde agricole.
Une agriculture ukrainienne au cœur des débats européens
Si les discussions portent avant tout sur des enjeux politiques et géopolitiques, les représentants de la filière maïs souhaitent attirer l’attention sur les conséquences économiques d’une intégration du secteur agricole ukrainien au marché européen. Pour l’Association générale des producteurs de maïs (AGPM), la question essentielle ne concerne pas l’adhésion elle-même, mais les règles qui encadreraient l’arrivée des productions ukrainiennes au sein de l’Union.
L’organisation rappelle que l’Ukraine dispose déjà d’un appareil agricole particulièrement structuré. Quelques grands groupes exploitent à eux seuls des surfaces considérables, sans commune mesure avec la taille moyenne des exploitations françaises. Cette concentration foncière constitue, selon elle, un atout compétitif majeur.
Des différences de compétitivité qui inquiètent la filière
L’AGPM met également en avant les écarts importants entre les conditions de production appliquées en Ukraine et celles imposées aux agriculteurs européens. Depuis de nombreuses années, plusieurs pesticides actuellement utilisés en Ukraine sont interdits au sein de l’Union européenne, et plus particulièrement en France.
À ces différences réglementaires s’ajoutent des coûts de production nettement plus faibles. Selon les projections de l’organisation, le coût de production d’une tonne de maïs en Ukraine serait presque deux fois moins élevé qu’en moyenne dans l’Union européenne. Cette compétitivité s’expliquerait par la qualité des terres agricoles, la taille des exploitations, un accès plus large à certains intrants ainsi que des contraintes sociales et fiscales jugées moins importantes.
Une montée en puissance qui pourrait transformer le marché européen
Les projections réalisées par l’AGPM à l’horizon 2030 montrent que la production ukrainienne de maïs pourrait encore progresser de manière significative. L’organisation estime qu’un million d’hectares supplémentaires pourraient être consacrés à cette culture, entraînant une hausse de production d’environ dix millions de tonnes.
Selon ses analyses, ce volume représenterait l’équivalent de la collecte annuelle française de maïs qui viendrait s’ajouter aux disponibilités européennes. Une telle évolution modifierait profondément les équilibres du marché, alors même que les surfaces cultivées en maïs diminuent progressivement dans plusieurs États membres depuis plusieurs décennies.
La filière volaille également concernée
L’inquiétude ne se limite pas au marché des céréales. L’Ukraine développe également ses capacités de transformation agricole, notamment dans le secteur avicole. L’AGPM estime que la progression attendue de la production de poulet pourrait renforcer la concurrence sur le marché européen.
Cette évolution aurait des répercussions indirectes sur les producteurs de maïs français, puisque l’alimentation animale constitue un débouché majeur pour cette culture. Une baisse de la production nationale de volaille entraînerait mécaniquement une diminution de la consommation de maïs destinée aux élevages.
